« Si un frère ou une sœur sont nus et
manquent de la nourriture de chaque jour, et que
l'un d'entre vous leur dise: Allez en paix, chauffez-vous et vous rassasiez,
sans leur donner ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ? »,
Jacques 2 : 15-16
Dans nos églises au Togo et à
travers l’Afrique, des milliers de jeunes et de femmes s’organisent avec une
énergie admirable pour chanter, célébrer et défiler. Pourtant, derrière cette
effervescence collective, une réalité silencieuse s’impose : des membres
sans emploi, sans revenus, sans projet d’avenir. Il est temps de nommer ce
paradoxe et d’exiger mieux de nos groupes organisés. Cette tribune a pour but de provoquer une prise de
conscience collective au sein des groupes organisés d'Église au Togo et en
Afrique pour qu'ils cessent de se limiter au chant et à la fête, et s'engagent
résolument dans le développement économique et humain concret de leurs membres.
Il est
ahurissant — et le mot n’est pas trop fort — de voir des jeunes gens capables
de mémoriser quarante chansons, de coordonner des chorégraphies complexes,
d’entretenir une discipline de répétition quasi militaire, et qui rentrent
ensuite chez eux sans un repas assuré, sans un projet professionnel, sans une
vision pour leur propre vie. On célèbre la cohésion. On chante l’amour de Dieu.
Et pendant ce temps, la misère silencieuse des membres n’est jamais mise à
l’ordre du jour.
Ce n’est pas
la chanson qui est en cause. La culture, la louange, la fraternité artistique ont
une valeur réelle et doivent être préservées. Ce qui est en cause, c’est la
myopie collective d’un modèle associatif qui a réduit l’ambition du groupe à sa
seule dimension spectaculaire. Un groupe d’Église n’est pas une troupe de
divertissement. C’est — ou c’est censé être — une communauté de transformation
humaine.
L'argent circule. La richesse jamais
L’économie interne de ces groupes est
révélatrice. Les cotisations arrivent, les fonds se constituent — et tout
s’engloutit dans les uniformes, les banquets et les frais de déplacement. On
dépense ensemble avec enthousiasme, on s’appauvrit ensemble en silence, et on
recommence le même cycle. Aucune épargne collective, aucun fonds de solidarité,
aucune activité génératrice de revenus. Le pire ? Certains membres
s’endettent pour payer leur cotisation festive, afin de ne pas être exclus
socialement. L’appartenance, qui devrait être une ressource, est devenue un
fardeau.
« Le vrai amour
fraternel n’est pas celui qui chante ensemble le soir et se sépare dans la
misère le matin. C’est celui qui refuse que son frère reste sans dignité
économique pendant qu’on organise des fêtes. »
Quatre exigences pour changer le modèle.
Il ne s’agit pas de supprimer les
répétitions ni d’interdire les fêtes. Il s’agit d’exiger davantage. Mais
d’abord, laissons la Parole trancher :
« Ce que vous faites
n’est pas bien. Ne devriez-vous pas marcher dans la crainte de notre Dieu, pour
éviter l’opprobre des nations qui sont nos ennemies ? » — Néhémie 5 : 9
Concrètement,
voici ce qui doit changer :
1.
Refonder la vision. Chaque groupe doit se poser honnêtement la
question : qu’apportons-nous concrètement à nos membres en dehors de la
scène ? Cette conversation courageuse est le point de départ de toute
transformation.
2. Créer
un fonds de développement. Distinct du budget festif, alimenté par
une fraction des cotisations et les bénéfices des prestations rémunérées :
ce fonds finance des formations, des projets économiques, des situations
d’urgence sociale. Jamais un banquet.
3. Intégrer
la formation dans le calendrier associatif. La répétition du samedi
est sacrée. La session de formation mensuelle doit l’être tout autant.
Entrepreneuriat, gestion budgétaire, droits civiques : le groupe devient
une école permanente.
4. Responsabiliser
les leaders. Un bon responsable associatif n’est pas seulement celui
qui chante bien ou que tout le monde apprécie. C’est celui qui rend des
comptes, qui pense à l’avenir de ses membres et qui accepte d’être évalué sur
des résultats réels.
Un appel aux pasteurs, imams et autorités
locales.
La responsabilité n’incombe pas aux seuls
membres de ces groupes. Les leaders religieux et communautaires ont le devoir
de ne pas se contenter d’applaudir les prestations tout en ignorant la détresse
socioéconomique de leurs fidèles. Un message pastoral cohérent intègre la
dignité économique de la personne humaine. L’Évangile et le Coran le disent
mieux que personne : la fraternité vraie se mesure à ce qu’on fait pour
les plus vulnérables, pas à l’intensité de nos chants.
Les ressources humaines sont là.
L’intelligence collective est là. L’énergie est là. Il reste à leur donner une
direction digne des espoirs de ceux qui, en silence, attendent autre chose que
des chansons. Nos groupes d’Église peuvent être parmi les plus puissants
leviers de développement de nos communautés. Mais seulement s’ils acceptent de
grandir au-delà des habitudes confortables. Le temps de l’exigence fraternelle
est venu.
« Tout travail produit un
profit, mais la vaine parole ne mène qu’à la disette. » — Proverbes 14 :
23.
Helly Gbene, Expert en veille stratégique et développement
Spécialiste des dynamiques organisationnelles en Afrique subsaharienne, il accompagne les associations, institutions et communautés vers un développement intégral, durable et ancré dans leurs réalités culturelles.
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Tel devait être nos groupes organisés, dommage que ceux ont besoin d'être relevé dans les groupes sont les premiers à s'opposer à ces initiatives à l'image des communautés elles mêmes
RépondreSupprimerVraiment
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