À première vue, ce n’est qu’un tournoi de football entre professionnels des médias. Mais réduire Togo Media Foot à une parenthèse sportive serait passer à côté de l’essentiel. Dans un paysage médiatique où les rédactions se croisent plus souvent sur le terrain de la concurrence – et cela va de soi – qu’autour d’initiatives fédératrices, ce festival apparaît comme un espace rare : un lieu où les journalistes, reporters, techniciens, photographes et présentateurs peuvent se retrouver autrement que par l’urgence, les Rivalités éditoriales ou la pression quotidienne. Nous l’assumons d’ailleurs clairement : il s’agit de renforcer la confraternité, d’encourager le networking et d’offrir un moment de détente à une profession soumise à une forte pression.
Plus qu’un ballon, une réponse à l’isolement
professionnel
Le
mérite de Togo Media Foot est peut-être là : rappeler qu’un
journaliste n’est pas
seulement un producteur de contenus, mais aussi un membre d’un corps professionnel qui a besoin
de liens, de confiance et de solidarité.
Dans bien des rédactions,
les échanges sont fonctionnels, rapides,
parfois tendus. Hors micro, hors caméra,
hors clavier, ce type d’événement redonne une respiration à la corporation. Il permet de
transformer des relations distantes en contacts utiles, et parfois même des connaissances superficielles
en futurs partenaires professionnels.
Une corporation sous pression, un
besoin réel
de respiration
Le
journalisme togolais, comme ailleurs en Afrique, se pratique souvent dans des
conditions exigeantes : pression du temps, fragilité économique
des médias et surtout de ses acteurs,
exposition publique, charge mentale et course permanente à l’information. Dans ce contexte, un événement
comme celui-ci vaut plus qu’un
loisir. Il devient une forme de soupape. Il offre aux journalistes un espace de
relâchement, de convivialité et de reconstitution morale. Ce n’est pas un luxe ; c’est presque une nécessité professionnelle, dirions-nous. Une profession fatiguée et isolée informe moins bien qu’une profession soudée, dont les acteurs se reconnaissent,
et capables de se retrouver.
Le symbole est fort : célébrer
la presse par la solidarité
Le
fait d’arrimer ce festival à la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée chaque année le 3 mai, n’a rien d’anodin. Le message est limpide : la
liberté de la presse ne se défend pas seulement dans les
communiqués, les tribunes ou
les plateaux, mais aussi dans la capacité
des professionnels à
faire bloc. À se parler. À se respecter. À se reconnaître comme appartenant à une même communauté
de métier. En cela, Togo Media Foot
envoie un signal important : la presse n’a
pas seulement besoin de protection juridique ou d’indépendance économique ; elle a aussi besoin de
cohésion humaine.
La vraie aubaine pour les
journalistes
L’aubaine, pour les journalistes eux-mêmes, n’est donc pas à
chercher dans les scores. Elle réside
dans ce que le festival peut produire durablement : davantage de confraternité, un meilleur réseau, un climat professionnel moins
crispé, et une identité collective plus forte. Autrement
dit, Togo Media Foot n’est
pas seulement un rendez-vous de football ; c’est
une petite fabrique de lien social pour une profession qui en a profondément besoin.
Au
fond, le vrai trophée
de Togo Media Foot ne sera pas la coupe, mais une profession plus solidaire.
Par Nephthali Messanh LEDY,
Commissaire général du Festival Togo
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